fbpx
Expressiondz : petite Kabyle - La Petite Kabyle
260
post-template-default,single,single-post,postid-260,single-format-standard,woocommerce-no-js,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-title-hidden,qode_grid_1300,columns-4,qode-product-single-tabs-on-bottom,qode-theme-ver-13.6,qode-theme-bridge,wpb-js-composer js-comp-ver-5.4.5,vc_responsive

Expressiondz : petite Kabyle

Elle est à la base comédienne, mais une femme frondeuse avant tout. Il y a un an elle s’est engagée dans un big challenge, celui de lancer sa propre marque de vêtements, à savoir «La Petite Kabyle» qui englobe plusieurs volets, la mode, mais pas que. Elle nous parle ici de cet énorme travail d’entrepreneuse dans lequel elle s’est engouffrée avec amour, persévérance et passion en vue de faire connaître la richesse des cultures berbères, de ses objectifs et perspectives tout en ayant bien conscience des difficultés qu’elle continue à rencontrer et y faire face tous les jours…

L’Expression: Vous êtes comédienne à la base. On vous a remarquée dans le moyen métrage Jardin d’Essai. Un mot tout d’abord sur votre parcours en tant que comédienne

Sonia Amori

Sonia Amori

La petite Kabyle


Sonia Amori: A 18 ans j’ai passé des concours et j’ai fait le Théâtre national de Chaillot et le studio-théâtre d’Asnières (des écoles semi-nationales qui préparent aux concours des Conservatoires nationaux comme ceux de Lyon, Strasbourg et de Paris), des hautes études en théâtre. Et très vite, après avoir passé des concours sup nationaux, j’ai décidé de voyager et j’ai fait un premier saut en Angleterre puis à New York où j’ai pris différents cours de l’Actors studio parce que je me sentais très proche d’un jeu beaucoup plus intime et émotionnel que les cours à textes très froids que j’apprenais finalement dans les cours de théâtre français classique. J’ai commencé à travailler très tôt, pour Canal+, Arte, France 2, France 3… J’ai fait plein de séries, des courts métrages, des téléfilms, j’ai un peu baroudé..

Comment vous-vous êtes retrouvée dans le film Jardin d’Essai de Ania Raymond?

La réalisatrice qui vit en France recherchait quelqu’un qui pouvait représenter l’émigrée qui ne trouve pas sa place en Algérie et un peu déconnectée. Elle m’avait repérée dans le court métrage Brûleurs de Farid Bentoumi. On a fait des essais, j’ai attendu un an avant que le tournage se fasse et voilà.

Comment vous-vous êtes retrouvée dans le film Jardin d’Essai de Ania Raymond?

La réalisatrice qui vit en France recherchait quelqu’un qui pouvait représenter l’émigrée qui ne trouve pas sa place en Algérie et un peu déconnectée. Elle m’avait repérée dans le court métrage Brûleurs de Farid Bentoumi. On a fait des essais, j’ai attendu un an avant que le tournage se fasse et voilà.

Et depuis un an vous avez lancé votre marque de vêtements qui s’appelle «La Petite Kabyle». Parlez-nous de ça…

En tant que comédienne je voyais quelle image ont les Nord-Africains parce que je fais un métier qui se dit être le miroir de la société. Je suis aussi kabyle. J’étais fatiguée déjà du fait qu’on stigmatise la société en ne la représentant que par sa religion et par une origine qui n’est pas représentative de la pluralité culturelle qu’on trouve dans l’Afrique du Nord. Les Kabyles et les Berbères ne sont pas du tout connus. Il y a toujours cette phrase: «Tu ne ressembles pas du tout à une Algérienne.» Il se trouve qu’il y a plusieurs ethnies en Algérie, c’est un peuple très métissé. Il y a eu énormément de colonisation et donc j’en avais marre d’entendre, quand je disais que j’étais kabyle: «Ah donc, tu n’es pas algérienne!» Je me suis dit comment ça se fait qu’aujourd’hui le peuple berbère continue à vivre de manière complètement anonyme avec une détestation parfois dans le pays d’origine. Il y a un certain rejet vis-à-vis des Kabyles, non indéniable. Je me suis dit que c’était fou cette capacité de se rendre transparent, comparé aux Arabes qui revendiquent encore plus leur fait d’être arabe. Au niveau de la population française il y a une méconnaissance totale de la culture berbère. Même si les Kabyles s’intègrent hyperfacilement.
Quand j’entends: «Ah! tu es kabyle, donc pas algérienne…» je trouve cette séparation nulle et c’est dommage. Moi je voudrais simplement dire qu’en Algérie il y a différentes cultures, qu’elles sont présentes et sont belles, qu’elles ne sont pas liées à la religion, même si ça reste un vase communicant qui pose son empreinte dans chaque culture, je ne vais pas le renier, mais le peuple berbère est pluriculturel, possédant des siècles d’histoire qui lui sont propres et j’avais envie de montrer ça. Je suis étonnée de voir que des gens pensent que la burka est aussi portée en Algérie alors quand tu vas en Kabylie il n’y a pas plus kitch que les robes kabyles. Ça m’étonne cette façon d’importer une manière de se vêtir qui n’est pas la nôtre et faire croire qu’elle provient d’Algérie. Ma grand-mère avait les cheveux oranges et elle aime porter des robes roses avec des trucs jaunes. Ce sont les souvenirs que j’ai de l’habit traditionnel en Kabylie.
Quand j’ai fait mes recherches, j’ai découvert huit ethnies berbères. Ça va de la Mauritanie à l’Egypte. Elles ont toutes des tenues traditionnelles magnifiques avec un lien commun, à savoir des broderies faites à la main avec des ornements très beaux et j’avais envie de montrer ça. J’ai donc commencé par les habits.

Votre travail ou objectif consiste donc à promouvoir la culture berbère à travers la mode, mais pas que… Racontez-nous tout ça.

A travers la mode et des événements culturels effectivement. A chaque sortie de collection je fais une espèce de festival où j’invite différentes personnes du monde berbère, mais aussi végétarien ou vegan pour que ces deux mondes qui ne se connaissent pas se mélangent. Je fais ça en plein centre de Paris grâce au partenaire qui est kiss kiss bang bang avec lequel j’ai pu faire mon premier crowdfunding et qui m’a permis de me lancer avec ce projet. Pendant ce festival je propose un plat traditionnel d’une région. Au début j’ai fait un énorme couscous vegan, sans semoule ni viande et j’ai coupé tout ça avec des conférences pour que les gens aient accès à cette connaissance liée à la culture berbère et en même temps qu’ils puissent manger et goûter à des choses nouvelles.

Les robes kabyles sont modernisées…

Complètement. J’habite en France, je m’habille à l’occidental. Il était hors de question que je parte dans un truc traditionnel, folklorique. J’avais envie que les filles parisiennes puissent porter ça et surtout en parler. C’est pour cela que j’ai pris ce nom de «la Petite Kabyle». Un nom qui m’a valu beaucoup de remontrances de la part de gens qui m’ont traitée de folle. Cette représentativité liée au pays d’origine est très rejetée à la base… Tout le monde me disait que cela n’allait pas marcher et personne ne voudra porter ça. J’ai dit au contraire! Si nous, on n’apporte pas ce quelque chose de beau et de coloré, qui le fera? Je refuse de laisser des personnes, notamment les islamistes, clairement se dire être les représentants de notre population. Je voulais faire quelque chose de joyeux, de symbolique en modernisant toutes ces robes. C’est épuré effectivement, mais qui relève d’un travail métissé à chaque fois. Quand je pense à la nourriture, aux vêtements ou au conte pour enfants que j’ai créé, je fais toujours travailler avec moi quelqu’un qui vient d’Europe ou d’un atelier au Maroc par exemple. C’est moi qui décide et je fais le lien. Je suis la fondatrice, la directrice artistique et la productrice, autrement dit c’est moi qui investis dans ce projet et je gère tout, l’atelier, la vente etc.

Comment arrivez-vous à gérer toute cette machine commerciale entre guillemets?

Les vêtements sont achetés en ligne ou par vente éphémère lors de festivals. Au mois de décembre j’ai pris avec d’autres marques pendant une semaine un lieu éphémère et ça a super marché. J’étais ravie parce que c’était des gens qui ne se connaissaient pas du tout. Je ne me suis pas mise aux côtés d’autres marques kabyles, mais j’étais avec des marques parisiennes qui montent. Les gens venaient curieux et au final ils adhéraient à l’histoire, ce que cela représentait et ce qu’il y avait derrière. Le festival se tient tous les trois mois environ. On en a fait deux. le premier a eu lieu en juillet 2017, le second en novembre et le 3ème se tiendra pendant le printemps berbère j’espère, mais mon but est de lancer la maison berbère éphémère en juin, c’est-à-dire faire ma première réalisation du lieu que j’ai envie de créer. Qu’il soit ouvert à tous, laïque où l’on pourrait voir toute la culture berbère déclinée par l’artisanat, la nourriture, les habits, mais sans viande, c’est-à-dire de façon végétarienne et à la place des pancakes normales lors du brunch, on fera des pancakes kabyles comme faisait ma grand-mère. Ce seront les «tahvult» de ma grand-mère qu’on donnera à déguster!

Qu’en est-il de votre souhait de pouvoir faire connaître votre marque en Algérie?

J’aimerai bien d’abord avoir des liens avec des artisans, que je puisse vendre leurs produits en France et constituer un pont en exportant les produits à Alger ou Oran ou créer une espèce d’antenne de la Petite Kabyle ou la Maison berbère, qui serait implantée à Alger par exemple.
À Tizi Ouzou j’y crois moyennement. J’aimerai être dans un lieu assez cosmopolite avec une jeunesse qui ait envie de s’ouvrir sur plein de choses nouvelles. N’ayant pas envie de faire quelque chose de folklorique, j’ai besoin d’un public qui puisse accepter d’être ouvert à un tajine qu’il soit complètement véganisé, mais aussi à un couscous et des plats traditionnels qui seraient présentés de manière nouvelle.

article au complet ici // lexpressiondz.com