fbpx
La Kahina : la légende - La Petite Kabyle
295
post-template-default,single,single-post,postid-295,single-format-standard,woocommerce-no-js,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-title-hidden,qode_grid_1300,columns-4,qode-product-single-tabs-on-bottom,qode-theme-ver-13.6,qode-theme-bridge,wpb-js-composer js-comp-ver-5.4.5,vc_responsive

La Kahina : la légende

Le premier mot qui me vient en tête lorsque je pense au peuple berbère est « liberté ». Les images qui inondent mon esprit sont colorées. Je vois le rouge et le jaune des bijoux imposants portés par mes tantes, je vois le blanc de leurs longues robes nonchalamment ceintrées à la taille par un foulard ou une fota, plus par pragmatisme que par coquetterie. Je vois les doux yeux entourés de khôl de ma grand-mère, des yeux emplis d’amour pour ses onze enfants et ses dizaines de petits-enfants, des yeux surplombés de tatouages d’une teinte bleutée, eux aussi semblent marqués par le temps. En fermant les yeux un peu plus fort, je parviens même à entendre le vibrato inégalable des chanteuses berbères que mon père écoutait inlassablement sur les routes qui nous menaient dans son village natal du Moyen-Atlas marocain.

J’ai toujours été fascinée par l’amour du peuple berbère pour sa culture et pour sa liberté, à tel point que, malgré l’arabisation, il a réussi à préserver sa langue multiséculaire, le Tamazight.
Et si je vous disais que l’une des raisons pour laquelle ce peuple demeure uni et fier, c’est en partie grâce à une femme ? Une femme forte, une reine puissante, une guerrière aussi critiquée qu’adulée, une devineresse aussi crainte que respectée.

WHO’S THAT CHICK ?

Eh bien, en réalité, très peu seraient capables d’affirmer pour sûr une vérité la concernant. S’appelait-elle Dihya, Dihya Tadmut ou Damya ? Etait-elle juive, chrétienne ou païenne ? A-t-elle réellement existé ? Certains doutent même du fait qu’une femme ait pu accomplir de tels exploits, privilégiant l’option qui voudrait qu’il s’agisse en réalité d’un homme eunuque…

 

 

Une chose est sûre, c’était une berbère et une guerrière redoutable aux talents de devineresse qui lui valurent son surnom, pour lequel tout le monde semble être unanime : la Kahina, qui signifie « la prophétesse » ou « la sorcière ».

Mais avouons-le-nous, la raison principale pour laquelle la Kahina apeurait autant ses détracteurs, c’est d’abord tout simplement parce qu’elle était femme. Comment une femme, au VIIe siècle, avait-elle pu unifier puis diriger tous les peuples berbères du Nord de l’Afrique ? En réalité, peut-être est-ce précisément parce que cela s’est déroulé au VIIe siècle que cela fut possible. Tristement, cette prouesse semble encore moins plausible au XXIe siècle. Une femme qui se dresserait aujourd’hui comme l’a fait la Kahina serait-elle écoutée ?

En tant que femme française arabo-berbère, j’ai toujours observé la culture berbère un pied dedans et un pied en dehors. J’ai observé avec intérêt ce rôle paradoxale des femmes berbères qui sont à la fois des maîtresses de maison au fort caractère, respectées et écoutées, mais dont l’influence et la voix ne dépassent pas le seuil de la porte d’entrée de leur maison.

 

ONLY YOUUUU ?

Une question essentielle reste sans réponse : Pourquoi elle ? Comment la Kahina a-t-elle pu bénéficier de cette position privilégiée de cheffe de la résistance Amazigh ? La raison est-elle intrinsèque à la culture berbère ? Il ne semble pourtant pas y avoir d’autres exemples de reine guerrière berbère et, bien que respectant la femme, la culture berbère reste tout de même empreinte d’un profond patriarcat. S’agissait-il d’une exception en raison de son don de devineresse et de sa forte personnalité ? Cette option semble être la plus plausible. Si la Kahina a pu être la Kahina, c’est parce que c’était elle et personne d’autre. Car il est en effet de ces personnages historiques, presque mystiques, qui, pour une raison inexpliquée, ont une autorité fédératrice qui transcende tous les préjugés, toute misogynie, permettant ainsi à de grandes figures féminines d’émerger, comme la Kahina, ou encore Jeanne d’Arc.

Celle que les Berbères surnommaient affectueusement « Yemma El Kahina », soit « Maman Kahina » en berbère, aurait, grâce à son don, prédit sa propre défaite après cinq années de résistance impitoyable sur les terres de l’Ifriqiya. Avant sa mort, elle a envoyé ses deux fils se rallier au camp ennemi avec pour consigne de ne plus résister, le plus important étant de préserver le peuple Berbère. Celui-ci a bien été préservé, notamment grâce à la grande tolérance des Omeyyades une fois le territoire conquis.

 

” TU QUOQUE MI FILI ?! “

L’épisode de la mort de la Kahina fait écho à un parricide bien connu qui a fait tomber un certain empereur ayant du mal à lâcher le trône…

 

Comme pour respecter cette triste prophétie légendaire qui voudrait que, pour faire disparaitre une légende, tuer un parent est nécessaire, il semblerait que la défaite puis la mort de la Kahina soient en partie dues à la trahison de son fils adoptif, un arabe qu’elle avait capturé avant de le prendre sous son aile. Piégée par les troupes arabes, elle est décapitée près d’un puit que l’on nomme aujourd’hui Bir El Kahina, soit le « Puits de la Kahina ».

Beaucoup d’interrogations demeurent aujourd’hui encore concernant la Kahina. On doute de son nom, de sa confession et de son existence même. Mais finalement, quelle importance cela a-t-il ? Son impact eut-il était différent ? Réelle ou légendaire, elle reste aujourd’hui une héroïne immortelle bien ancrée dans la mémoire collective. Pour les Amazigh, elle incarnera à jamais la résistance.

Article par : Manal Khallou